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Éléments de réflexion: le labour des sols au domaine Buisson-Charles

Publié le par Site internet officiel du Domaine Buisson-Charles

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Le parti qui nous rend « travailliste » de nos sols: Labour
Par Patrick Essa - 2018

     Commençons par une Lapalissade: Avoir des Vignes en bonne santé est probablement l'une des volontés qui m'a conduit à définir la manière dont je les cultive aujourd'hui...

...Chercher à produire un raisin parfaitement équilibré, idéalement constitué pour générer par la vinification  les  grands vins que j'ai en tête peut paraître simpliste mais si ce naïf raisonnement l'était réellement  nous serions fort nombreux à user des mêmes mises en œuvre culturales. 

   Tel n'est pas le cas.

   Produire des fruits adaptés à ce cahier des charges qui les place en amont de la qualité est une aventure qui croise de nombreux possibles et amplifie toujours plus les choix qu'il est permis d'effectuer. 

   En imaginant que le sol bien préparé porte des plants et portes greffes de Hautes qualités - un ratio idéal entre naturelle production de plants très fins  et densité de plantation -  et que ceux -ci sont adaptés à la nature géo-morphologique du sol, il reste à définir la manière de gérer ce patrimoine potentiel croisant terroir, plants et caractéristiques du/des sols. 

 

Comment au quotidien permettre à ces composants de fonctionner en parfaite harmonie sans dérégler les mécanismes qui les inter-agissent? Autrement dit que dois-je faire pour obtenir le meilleur de ces  "Maserati" des coteaux? 

   Jusqu'au phylloxéra à la fin du dix-neuvième siècle les Vignes étaient plantées et se reproduisaient à l'infini par provignage, ne laissant quasiment jamais au sol la possibilité de se reposer - mais en avait-il besoin?- renaissant sur ses racines entremêlées. Plantées à des densités  très élevées - souvent plus de 20.000 pieds à l'hectare - ces lianes pérennes ne connaissaient ni la mécanisation, ni les traitements contre les maladies. Amendées chichement et façonnées uniquement à la main grâce à la pioche et aux trois "façons" (passage de la pioche) , elles voyaient leurs sols très peu "ouverts" par ses outils rudimentaires qui ne les grattaient que fort superficiellement. Aucun tassement, des herbes se décomposant  pour tout amendement ou presque et une "science empirique", si j'ose dire, de la taille pied à pied en fonction de leur vigueur. Un homme pour un hectare avec 12 heures de travail journellement, Samedi compris...le rêve? Voir...

   Et puis après des siècles de lianes entremêlées serpentant et se désagrégeant dans les sols,  à la fin du dix neuvième siècle,  vint le puceron. Ce phylloxéra funeste cassa à lui seul une sorte de "chaîne végétative" souvent âgée de plusieurs siècles en redonnant aux ceps une condition de "mortels". Ainsi étonnamment, observons que la vie des sols est une notion véritablement mise en lumière à cette époque...qui a procuré à la vigne une date de péremption et une sorte de mort végétative qu'elle semblait jusqu'alors  pouvoir dépasser.

   Vie, mort, sols, plants...ce sont les hommes qui déterminent ces notions et qui les caractérisent selon les procédés employés. Ce sont eux encore qui en opposition  à toutes logiques naturalistes orientent la manière de gérer les efforts qui conduisent à organiser le fonctionnement de ce "système" produisant des fruits. Car au fond, n'est-ce pas,  tout est pensé pour qu'il y ait une production fruitière rationnelle aboutissant à des récoltes permettant de transformer l'eau en vin. Évidemment cela est une image.

   Ce soucis d'ordonner la production trouva un écho inattendu lorsqu'il s'est agit de restructurer de manière forcée les vignobles atteints de maladies. Le monde productiviste s'engouffra dans la brèche et détrôna sans ménagement des solutions plus douces et curatives désireuses de préserver les plants du greffage. Le remède miracle du plant greffé sur des bois résistants au puceron provenant du nouveau monde fut adopté rapidement car le pays, le monde, le peuple avait besoin de son quart de vin quotidien  et de son Cru dominical. 

   Les plants furent donc plantés au lieu d'être provignés, les agronomes imaginant des surfaces efficientes pour la mécanisation: 1 ha, 1 plant tous les mètres avec un rang tous les mètres, soit 10.000 ceps agencés en règes rectilignes, tendus par des paisseaux de bois et des tirants en fer. Les barbelés avaient circonscrits les prairies, les fils d'acier se mirent à dessiner des couloirs suffisamment large pour les attelages équins ou bovins. L'animal pouvaient enfin pénétrer dans ces prés-carrés en offrant sa force à son vigneron reconnaissant.

    À cette époque les bras sont encore très nombreux à s'offrir aux tâches dures consistant à tailler ces plants vigoureux tout en incisant la terre avec des pioches de tailles et de types variés en fonction de leurs usages. Les  anciennes "façons" mirent du temps à profiter de la force motrice de charrues tractées par l'animal car celles-ci n'étaient pas toujours adaptées aux jeunes plants et aux coteaux. Elles durent être mises au point dans la précipitation. Jean Baptiste Matrot qui construisit la maison où se trouve notre domaine fut un de ces isolés précurseurs désireux de défricher ses sols en trouvant des solutions imaginatives. Son soc de charrue ne fut pas breveté mais nombreux furent ceux l'utilisant.

    Ouvrir la terre pour nettoyer les sols devint donc progressivement possible. Un possible qui ne l'oublions pas n'avait rien d'une réflexion en Agro-foresterie, encore moins d'un excès que l'on imaginait funeste en raison de la dégradation de "l'horizon premier" humique. Non en fait le vigneron cherchait simplement à maîtriser la vigueur de son herbe en libérant les ceps de sa présence gourmande. Loin des réflexions liées aux tassements ou à la mortification des sols par mélange des horizons profonds et minéraux avec ceux superficiels structurés par les vers de la bio-masse, il cherchait à agir pour soulager son labeur quotidien. 

Réflexion: N'oublions jamais que l'homme de la terre puise les relations causales de ses efforts dans la rationalisation d'un travail laborieux et difficile, voir "inhumain".

  Le sol dès lors devint une zone suffisamment visible et porteuse d'une logique quantitative pour que l'on se préoccupe de le considérer comme un substrat à "brosser dans le sens du poil". Tant il est évident que sans lui rien ne peut pousser régulièrement selon une logique commerciale et plus simplement vitale ou gastronomique. Cette logique commerciale  devenant de plus en plus importante.

   Dès lors, l'agronomie commença véritablement - je schématise car des recherches antérieures existaient depuis le Moyen Âge et même l'antiquité mais sans avoir une véritable résonance -  à expliquer le fonctionnement des sols en déterminant leurs natures et surtout la manière dont cette dernière était obtenue. 

  En expliquant les mécanismes sous-tendant la composition de nos sols on a cru pouvoir alors déterminer ce qu'était "La" vie dans la terre. En définissant que le monde minéral profond s'unissait au monde humique superficiel d'origine végéto-animal par le fonctionnement des vers "dégradant-digérant-mélangeant"  les matières organiques  et minérales sur lesquels pousse la vigne on a isolé un fonctionnement. C'est un peu l'observation "savante" qui consiste à découvrir que l'eau et le feu produisent de la vapeur humide. Cela est totalement exact mais ne nous indique pas que sans le feu, l'humidité n'est rien. 

   Fort de ces observations - extrêmement simplifiées nous sommes d'accord - il est dès lors possible de se demander si lors de notre travail du sol, il nous est permis de changer l'horizon premier dans sa composition même en mélangeant plus ou moins selon le procédé utilisé les parties profondes argileuses  avec les parties Hautes humiques? En somme est-ce que labourer en remontant les couches basses du sol déstructuré notre substrat au point de le tuer?

    À ce stade trois  options sont possibles: soit l'on considère que oui cela change tout et on arrête de labourer, soit on pense que non cela n'a aucune incidence et l'on poursuit , soit, on analyse le fonctionnement de la plante  sur le sol et la qualité des fruits et vins obtenus selon des méthodes différentes et l'on cherche à dégager de réelles relations causales?

    Évidemment toute personne réfléchie choisira la comparaison pour comprendre en profondeur sans fonder son raisonnement sur une pensée mystique ou sectaire. 

   Quoi qu'il en soit nous sommes certains d'une chose, un sol aux horizons modifiés n'est pas un sol "mort", assurément en revanche chaque manière de le travailler résonne sur la plante au point de modifier la manière dont elle va s'intégrer dans celui-ci puis à déterminer le caractère des fruits qu'elle portera.


Mais comment faisons nous?
 

   Tout est question de mode. 
   Comme les saisons qui s’enchaînent, la noria des idées de tous ordres fait évoluer les vérités culturales au gré du cours du temps. En ce moment il suffit de faire une recherche sur la toile concernant le labour dans les vignes pour tomber immanquablement sur un cheval, la perma-culture et le non sens du labour. 
    
   Après la pioche, le travail du sol avec des charrues, le désherbage systématique, le retour du travail du sol, voici venu le moment du bon labour...celui que l’on ne fait pas!
   
   Cela ne résout guère les problèmes de vigueur d’herbes de toutes variétés implantées dans « mes » sols non désherbés depuis que je m’occupe du domaine! 

   Le sol serait dorénavant  susceptible de ne plus fonctionner, voire de mourir sous les coups de butoirs des modernes engins de nos temps inconséquents.  Comme dans bien d’autres domaines on demande aux producteurs de ne pas, de ne plus, d’arrêter , de s’adapter à un rythme naturel qui serait/est celui au fond du fondement de notre monde. En somme il faut observer les réponses naturelles que la plante apporte à sa croissance pour faire évoluer les pratiques qui n’ont cessé de la contraindre depuis que l’homme cultive.
 
    Car en étant objectif, qui multiplie les plants, organise les greffages, prépare les sols avant plantation, définit les densités, arrose les plants jeunes, amende le sol, taille et palisse la vigne? Ne serions nous pas un tout petit peu interventionniste dans ces étapes là!?

   Par suite et par je ne sais quel coup de baguette magique, le sol seul deviendrait le garant unique des fruits que la plante va pouvoir générer. Il faudrait le sacraliser au point d’avoir peur de l’ouvrir, lui faire confiance après l’avoir programmé, analysé, configuré pour qu’il puisse donner des raisins équilibrés. Et là je sens que le lecteur est entrain de se dire:

« ben oui Patrick c’est cela, tu dois adapter ton travail, ne plus tasser cet espace qui appartient aux vers qui vont te le rendre aéré et perméable à l’oxygène, gorgé d’azote et enfin par un équilibre salutaire te permettre d’obtenir des fruits sains parfaitement équilibrés pour produire de grands vins ».
 
  Sauf les amis que si je me lance dans cette aventure là, avec le raisonnement logique imparable de celui qui a enfin compris comment il devait travailler, eh bien je me retrouve avec des herbes plus hautes que les rangs que je cultive! 
   Je suis en accord avec vous, cela peut être sublime, constellés de myriades  de variétés de plantes enchevêtrées les unes aux autres et posées sur un substratum parfaitement poreux contenant plus de 150 espèces de lombrics. Plus de ravinement, plus d’engrais, plus de pollution due au tracteur...plus de récolte aussi!

 Car il n’y a rien à faire pour produire il faut rentrer dans les vignes, les traiter - conventionnel ou bio - et pour cela on néglige qu’il est fort utile que la vigne puisse recevoir dans de bonnes conditions ce qui est destiné à prévenir les maladies. 
   Tondre? Oui pourquoi pas mais la concurrence faites par les herbes est très forte et à tendance à nettement durcir les matières. Cela ne me convient pas.
  Travailler sous le cep seulement? Cela revient à labourer mais favorise encore la concurrence, toutefois cela limite le ravinement. Possible oui mais pas forcément nécessaire dans les zones faiblement pentues qui sont les nôtres. 
  Labourer avec un cheval? Non polluant, beau, chargé d’un sens naturel reliant homme et bête. Et puis aussi - et c’est important - limitant le tassement et la création des semelles de compaction grâce au fait que la charrue est tractée et que l’engin qui incise le sol ne voit pas de roue le tasser ensuite. Simplissime mais encore faut il pouvoir faire suite à cela avec un engin de traitement allant dans le même sens...sinon cela n’en a absolument aucun car le tracteur qui traite tassera. Pas tous les rangs me direz vous? Vous avez raison mais l’argument « je ne pollue pas grâce au cheval » - qui passe deux /trois fois face au tracteur de traitement  qui passe 9 à 18 fois, ne tient guère. Et je ne parle pas en nos contrées de la rogneuse mettant les Vignes « au carré » qui passera deux à trois fois dans tous les rangs! 

  Je ne souhaite pas l’équidé pour offrir une jolie photo à mon site web en faisant croire que tout est fait par lui, je veux juste rationaliser ma pratique de travail sans herbicide et comprendre quelles sont les relations causales qui me permettront de générer les fruits les mieux équilibrés. En somme un fruit mûr entre 13 et 13,5 degrés ayant un PH initial inférieur à 3,15. Sur une acidité totale comprenant un niveau tartrique important.

   Donc pour l’instant cela se traduit par un buttage d’hiver tous les trois ans, un passage de la décavaillonneuse au printemps et deux à trois « griffages » avec des outils adaptés à la  structure de la vigne. Fin des « incisions » huit semaines avant vendanges. 

   Mais notre réflexion se poursuit et on est prêt à progresser toujours et encore...

Patrick Essa - Juin 2018

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Publié dans Reflexions, Textes

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